
Entre la mer, les villages perchés et les sommets du Mercantour, les Alpes-Maritimes ont tout pour attirer un pilote de drone. Le département a aussi tout ce qui l’interdit : un parc national, le deuxième aéroport de France et une bande côtière très urbanisée. Beaucoup de pilotes commencent par aller découvrir les spots repérés par d’autres sur un blog spécialisé, puis ouvrent la carte officielle pour savoir si le vol est possible là où ils se trouvent. C’est cette seconde étape que cet article détaille, à l’échelle du 06 : ce qui est interdit, ce qui est limité, et comment lire la carte avant de décoller.
Ce qui s’applique partout en France, avant même de parler du 06
Les règles de base ne dépendent pas du département. La fiche « Utiliser un drone de loisir » de service-public.gouv.fr, mise à jour le 23 septembre 2025, fixe la hauteur maximale à 120 mètres. L’enregistrement de l’appareil est obligatoire pour les drones marqués CE de classe C1 à C4, et pour un C0 dès qu’il embarque une caméra. Ce numéro s’obtient sur le portail AlphaTango de la Direction générale de l’aviation civile.
Pour les classes C1 à C4, une formation en ligne est obligatoire : un examen de 40 questions, 75 % de bonnes réponses exigées, attestation valable cinq ans. Pour un C0, elle est seulement recommandée.
L’âge minimum du télépilote est de 14 ans, sauf pour un appareil vendu comme jouet ou en présence d’un accompagnant d’au moins 16 ans.
Trois interdictions reviennent dans tous les cas de figure. Le survol de personnes, sauf avec un C0. Le vol de nuit, même avec un éclairage : l’article 3 de l’arrêté du 3 décembre 2020 sur l’utilisation de l’espace aérien par les aéronefs sans équipage à bord l’exclut, une dérogation ne pouvant venir que du préfet. Et, en catégorie ouverte, celle du loisir, le vol au-dessus de l’espace public en agglomération, réservé par ce même arrêté à l’activité professionnelle.
Les sanctions listées par service-public.gouv.fr donnent l’échelle : 450 € pour une formation manquante, 750 € pour un appareil non enregistré, et de 15 000 à 75 000 € assortis d’une peine d’emprisonnement pour les infractions les plus graves.
Le Mercantour : interdiction totale en cœur de parc
C’est la règle la plus nette du département. Depuis l’arrêté 2017-02 du 12 janvier 2017, les drones de loisir sont strictement interdits dans tout le cœur du Parc national du Mercantour. Le Parc réserve les dérogations aux activités professionnelles autorisées, sur décision de son directeur, et rappelle que le survol motorisé y est de toute façon interdit à moins de 1 000 mètres du sol. Un pilote amateur qui monte dans la Vésubie, la Tinée ou la Roya avec l’idée de filmer un lac d’altitude doit donc d’abord savoir s’il est dans le cœur ou dans une commune de la zone d’adhésion.
Le Parc explique pourquoi : ses gardes-moniteurs constatent que le bruit d’un drone déclenche chez la faune sauvage un comportement de fuite quasi immédiat, que les rapaces risquent la collision, que les troupeaux en alpage sont dérangés et que les visiteurs venus chercher le calme ne le trouvent plus. Nous avons décrit dans un précédent article ce que le Mercantour réserve à ceux qui le parcourent à pied : c’est à cette échelle, sans hélices, que le cœur se visite.
Le cas de la route de la Bonette illustre le piège. Elle fait partie des rares routes désignées où la circulation motorisée reste autorisée dans le cœur du parc. Pouvoir y monter en voiture ne signifie pas pouvoir y faire décoller un drone : la règle du cœur s’applique dès le bord de la route. Hors du cœur, ce sont les règles nationales et la carte des restrictions qui tranchent, secteur par secteur.
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Sur la côte, la contrainte change de nature. L’aéroport Nice Côte d’Azur a accueilli 15,23 millions de passagers commerciaux en 2025, en hausse de 3,2 % sur un an, selon le bilan publié par les Aéroports de la Côte d’Azur le 25 janvier 2026. La presse économique le classe deuxième aéroport de France. À ce trafic s’ajoutent l’aviation d’affaires de Nice, de Cannes-Mandelieu et du Golfe de Saint-Tropez, dont les mouvements ont progressé de 4 % la même année.
Autour de ces plateformes, la carte officielle affiche des zones de contrôle en dégradés de bleu : plus le bleu est foncé, plus la hauteur autorisée est faible. Le rouge, lui, marque l’interdiction pure. Un guide du blog cité plus haut, consacré aux vols près des aérodromes, résume la logique en une phrase : tout vol à proximité exige l’accord de la tour, du service d’information de vol ou de l’exploitant, jamais une simple tolérance. Le même guide compte 54 aérodromes équipés d’un service AFIS en France.

Reste l’agglomération. De la Promenade des Anglais à la Croisette, en passant par les ports d’Antibes ou de Menton, tout ce qui est espace public en zone urbaine est fermé au vol de loisir en catégorie ouverte. Ce n’est pas une règle locale, c’est l’arrêté du 3 décembre 2020 : seule une activité professionnelle déclarée peut y prétendre, et encore, avec ses propres démarches.
Lire la carte officielle des restrictions
La carte de référence s’appelle « Restrictions UAS catégorie Ouverte et aéromodélisme ». Elle est produite par la Direction générale de l’aviation civile et publiée sur Géoportail, vers lequel service-public.gouv.fr renvoie toujours. La presse spécialisée signale, depuis le 1er février 2026, que le service est en cours de reprise par cartes.gouv.fr : la couche reste la même, seul le site qui l’affiche change.
Sa légende tient en quatre teintes. L’absence de couleur signifie qu’un vol est possible jusqu’à 120 mètres. Le rouge signale une interdiction. Les dégradés d’orange indiquent une hauteur maximale réduite. Les dégradés de bleu couvrent les zones de contrôle des aérodromes, avec une hauteur autorisée qui décroît quand le bleu fonce. Un clic sur le secteur donne la valeur exacte.
La fiche de la donnée précise elle-même ses limites, et elles comptent dans un département qui vit d’événements. La carte n’intègre que partiellement les interdictions publiées en dehors de la documentation aéronautique officielle et ne couvre pas les interdictions temporaires : les NOTAM, les suppléments d’information aéronautique et les arrêtés préfectoraux n’y figurent pas. Un secteur sans couleur un mardi peut être fermé le samedi suivant pour un feu d’artifice, une course ou une visite officielle. Ce complément se vérifie auprès du Service de l’information aéronautique et de la préfecture.
Dernière confusion fréquente, que le blog cité plus haut détaille dans son guide sur les GeoZones DJI : le fabricant applique ses propres zones d’avertissement, d’autorisation, d’altitude ou de restriction, et propose un déverrouillage souvent accordé sous 24 heures, ou en un à cinq jours ouvrés pour les zones sensibles. Ce déverrouillage lève une barrière logicielle. Il ne vaut jamais autorisation réglementaire, et il ne modifie en rien la carte de la DGAC.
Ce raisonnement vaut au-delà du parc. Un vol légal sur la carte peut rester un mauvais vol s’il passe au-dessus d’un troupeau, d’une colonie d’oiseaux marins ou d’un sentier fréquenté. La carte fixe le cadre ; le pilote garde la responsabilité de ce qu’il survole.

Où voler, alors ? Une méthode plutôt qu’une liste
Il serait tentant de publier ici une liste de lieux « autorisés » dans les Alpes-Maritimes. Ce serait trompeur : une zone temporaire, un arrêté municipal ou une mise à jour de la couche DGAC suffisent à changer la réponse. Ce qui ne change pas, c’est la méthode, en cinq vérifications.
D’abord la carte, à l’endroit exact du décollage : secteur sans couleur, ou hauteur réduite acceptable pour le vol prévu. Ensuite le parc national : hors cœur, sans discussion. Puis l’agglomération : pas d’espace public urbain en catégorie ouverte. Quatrième point, le temporaire : NOTAM et arrêtés préfectoraux du jour. Enfin les règles de vol elles-mêmes : 120 mètres au plus, personne sous l’appareil, jamais de nuit, appareil enregistré et formation à jour.
Les spots partagés par d’autres pilotes gardent toute leur utilité comme point de départ. Le blog cité en ouverture publie une quarantaine de guides de ce type, de la Bretagne à la Sardaigne en passant par la Corse ou la Norvège, aucun encore consacré aux Alpes-Maritimes. Un spot photographié par un pilote en 2025 renseigne sur la lumière, l’accès et le point de vue ; il ne dit pas si la carte l’autorise en 2026. Les deux sources se complètent, elles ne se remplacent pas.
Dans le 06, cette méthode mène presque toujours au même constat : les vols les plus sereins se préparent loin de la bande côtière et de ses plateformes, en dehors du cœur du Mercantour, sur des secteurs que la carte laisse sans couleur et qu’aucun arrêté du jour ne ferme. Ce n’est pas une liste, c’est un filtre. Il laisse passer moins de lieux qu’on ne l’imagine, mais ceux qu’il laisse passer se survolent l’esprit tranquille.
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Antoine Leroy
